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Programme gouvernemental : le PJD réclame des comptes et annonce quatre lois anticorruption

Par Lesinfos -le

Programme gouvernemental : le PJD réclame des comptes et annonce quatre lois anticorruption
Le PJD a livré jeudi une critique appuyée du programme gouvernemental 2026-2031. Promesses jugées revues à la baisse, financement à préciser, retraites, pouvoir d’achat, éducation et emploi : le parti d’opposition réclame des réponses et annonce quatre propositions de loi consacrées à la lutte contre la corruption.

Le programme gouvernemental passe au crible de l’opposition. Lors de sa discussion, ce jeudi 22 octobre à la Chambre des représentants, le Parti de la justice et du développement (PJD) a concentré ses critiques sur les engagements sociaux du nouvel Exécutif, leur financement et leur calendrier de mise en œuvre.

 

Prenant la parole au nom du groupe parlementaire, Driss El Azami El Idrissi a notamment pointé ce que son parti considère comme des écarts entre les annonces politiques, la présentation orale de Fatima Ezzahra El Mansouri et la version écrite du programme.

 

Le PJD promet désormais de suivre ces engagements « chiffre par chiffre » au sein des commissions et à travers les différents mécanismes de contrôle parlementaire.

 

Corruption : quatre propositions de loi annoncées

 

La lutte contre la corruption occupe une place centrale dans l’offensive parlementaire du parti.

Le PJD dit accueillir favorablement plusieurs engagements du gouvernement, notamment la criminalisation de l’enrichissement illicite, le renforcement de la déclaration obligatoire du patrimoine et l’encadrement des conflits d’intérêts.

 

Mais le groupe estime que le programme ne va pas suffisamment loin sur la responsabilité des décideurs politiques et sur les relations entre exercice du pouvoir et intérêts économiques.

 

Pour mettre le sujet sur la table du Parlement, le parti annonce le dépôt de quatre propositions de loi après l’investiture du gouvernement. Elles concerneront les conflits d’intérêts et l’utilisation d’informations privilégiées, la criminalisation de l’enrichissement illicite, la protection des fonctionnaires dénonçant des faits de corruption et la réforme du dispositif de déclaration obligatoire du patrimoine.

 

Le PJD réclame également des éclaircissements sur plusieurs situations de conflits d’intérêts évoquées dans le débat public, notamment dans la santé, les médicaments, l’agriculture, la culture et l’urbanisme.

 

Pouvoir d’achat : le PJD demande des comptes sur les aides

 

La question des prix constitue un autre point de friction. Le parti s’interroge notamment sur le projet gouvernemental de créer des structures régionales de regroupement et de commercialisation destinées à rapprocher producteurs et consommateurs.

 

Le PJD redoute que ces nouveaux mécanismes ne produisent l’effet inverse en renforçant certains intermédiaires ou en favorisant une concentration supplémentaire dans les circuits de distribution.

Driss El Azami El Idrissi a également remis sur la table le plafonnement des marges des sociétés pétrolières et le dossier de la raffinerie Samir.

 

Le groupe demande par ailleurs une évaluation détaillée des 280 milliards de dirhams qu’il présente comme ayant été mobilisés au titre du soutien au pouvoir d’achat. Il réclame notamment un examen des aides liées aux importations de bovins et d’ovins afin de déterminer, selon lui, qui en a réellement bénéficié et quel a été leur impact sur les prix payés par les consommateurs.

 

Aide sociale et retraites : le calendrier contesté

 

Les engagements sociaux du gouvernement sont également au cœur des critiques.

L’Exécutif prévoit de porter progressivement le montant de l’aide sociale directe à 1.000 dirhams d’ici la fin du mandat, tandis que le minimum des pensions doit atteindre 3.000 dirhams.

 

Pour le PJD, ces horizons restent trop éloignés et les modalités de mise en œuvre trop peu détaillées. Le parti demande un calendrier précis, les critères d’éligibilité et surtout le coût budgétaire de ces mesures.

 

Sur les retraites, El Azami El Idrissi demande également au gouvernement de clarifier sa position par rapport à la réforme engagée en 2016. Le programme d’El Mansouri affirme qu’une refonte du système ne saurait se limiter à l’âge de départ, au niveau des cotisations ou aux règles de calcul des pensions.

Le PJD veut savoir quelles dispositions l’Exécutif entend précisément conserver, modifier ou abandonner.

 

Éducation : les écoles pionnières dans le viseur

 

Sur le front de l’école, le parti appelle à évaluer la généralisation du modèle des établissements pionniers au regard de la vision stratégique 2015-2030 et de la loi-cadre sur l’éducation.

Il défend également une place renforcée de l’arabe comme langue d’enseignement et demande une évaluation des effets de l’enseignement en français de certaines matières.

 

Le PJD souhaite en outre la création d’une agence nationale consacrée au préscolaire et appelle à réactiver les différentes instances chargées du suivi de la réforme éducative.

 

Plus largement, le parti réclame des réponses sur plusieurs engagements qu’il considère absents ou moins ambitieux que les promesses précédemment avancées, notamment une aide de rentrée scolaire de 1.000 dirhams par enfant pour les familles modestes ou encore certains objectifs liés au niveau du salaire minimum.

 

Monde rural : un socle minimum de services

 

Les territoires ruraux et montagneux ont également occupé une partie de l’intervention.

Le PJD propose un pacte national garantissant un niveau minimum de services dans ces zones : écoles, transport, centres de santé, accès à l’eau et à l’électricité, assainissement, connexion numérique, services administratifs et routes praticables toute l’année.

 

Le groupe appelle également à accélérer la mise en place d’un cadre juridique adapté à la construction en milieu rural.

Il entend parallèlement suivre l’exécution du programme de développement territorial intégré, auquel il attribue une enveloppe de 210 milliards de dirhams sur huit ans, et réclame une évaluation annuelle de son avancement.

 

Emploi : les jeunes au centre des critiques

 

La situation des jeunes représente un autre sujet majeur. Le PJD reprend notamment les chiffres cités dans le programme gouvernemental, qui font état de 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans hors emploi, études ou formation.

 

Face à cette situation, le gouvernement prévoit notamment de former 100.000 jeunes par an selon les besoins des entreprises et de permettre à 100.000 autres d’accéder chaque année à une première expérience professionnelle. La formation par apprentissage doit également être élargie à 150.000, voire 200.000 bénéficiaires annuels.

 

Des objectifs que le PJD juge insuffisants au regard de l’ampleur du chômage des jeunes.

Le parti propose notamment l’organisation d’une conférence nationale consacrée à la jeunesse, la suppression des limites d’âge dans certains concours de recrutement, un élargissement des bourses aux étudiants en difficulté et une couverture médicale étudiante indépendante de la situation des parents.

 

Le financement du programme dans le viseur

 

Au-delà des mesures sectorielles, le PJD place finalement le débat sur le terrain budgétaire.

Le parti demande au gouvernement d’expliquer comment il compte financer ses engagements tout en visant une croissance annuelle moyenne de 5 %, un déficit autour de 3 % du PIB et une trajectoire descendante de la dette.

 

Il réclame également des éclaircissements sur plusieurs sources de financement qui auraient figuré dans les engagements électoraux, notamment les recettes supplémentaires attendues de la croissance, les contributions des collectivités territoriales et les économies liées à une meilleure efficacité de la dépense publique.


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